Bonjour,
Je conclue par cette fiche la trilogie des fiches de lecture faites en une moins d’une journée destinées à Molière. Je compte passer à Corneille après cela avec l’étude de l’Illusion Comique, de Horace, et du Cid. N’hésitez pas à compléter avec d’autres pièces de Molière comme le Misanthrope par exemple que j’ai lu hier mais dont je n’ai pas fait la fiche.
D’autre part, je vous propose pour s’entraîner à la version en anglais de traduire The Great Gatsby de “And I sat” jusqu’à la fin du livre. Ce sont les 20 dernières lignes du livre.
À propos de l’édition utilisée :
Petits classiques Larousse, texte intégral. Édition qui offre une très bonne situation historique de la pièce avec la présentation du mouvement des dévots, de la Fronde, de Louis XIV, des différents protagonistes et de l’accueil de la pièce avec des textes de réaction mais qui ne fait qu’une très courte analyse du texte. Nous n’avons que des portraits des personnages principaux dont quelques uns sont tirés d’ouvrages critiques comme celui de Patrick Dandrey. L’étude est axée sur l’hypocrisie, il n’y a presque rien sur la construction ni sur le texte lui-même.
C’est une bonne édition mais plutôt pour un public plus jeune (Collège, seconde). Pour une version plus aboutie, on se tournera certainement vers la version livre de poche avec la préface de Jean-Pierre Collinet qui fourni une bonne introduction à Dom Juan.
À propos de l’auteur et contexte historique :
Jean-Baptiste Poquelin dit Molière (1622-1673) : dramaturge français initialement destiné au commerce de tapisseries. Suite à d’excellents résultats au Collège de Clermont (un des meilleurs établissements de l’époque) et à une rencontre avec les Béjart une troupe en devenir, il décide de fonder l’Illustre Théâtre.
Sa première pièce est un échec et criblé de dettes, il est emprisonné. Après avoir purgé sa peine, Jean-Baptiste Poquelin prend le nom de Molière et sillonne la France de 1645 à 1658 (période obscure) en se taillant une solide réputation de dramaturge. Il revient à Paris en octobre 1658 et obtient un succès à la Cour avec une farce de son invention, le docteur amoureux.
Après ce succès, il devient en 1665 le directeur de la Troupe du Roi et écrit les pièces qui feront son succès dont Le Tartuffe1 en 1664. Il meurt après une représentation du Malade Imaginaire en 1673.
Genèse de la pièce :
Le Tartuffe est loin d’être une pièce originale, on retrouve certains éléments qui ont sans doute influencé Molière chez l’acteur italien Flaminio Scala qui a joué la pièce Il Pedante à Paris en 1611 dans laquelle un hypocrite convoite la femme de son protecteur avant que celle-ci parvienne par ruse à l’en écarter. D’autre part, on peut voir qu’il s’est sans doute inspiré du roman de Vital d’Audiguier, Les Amours d’Aristandre et de Cléonice paru en 1624 dans lequel un dévot essaye de séduire la femme de son hôte. 2
Résumé et construction de la pièce :
Le Tartuffe est une pièce en 5 actes soit 31 scènes en vers (alexandrins).
Acte I :
L’acte I commence par une description de la famille d’Orgon effectuée par Madame Pernelle, personnage ridicule et grossier et mère de ce dernier qui est un personnage pro-tartuffe. Celui-ci n’est qu’évoqué et n’apparaît pas dans l’acte. Par la suite Cléante demande à Dorine de dresser son portrait de Tartuffe et de sa relation avec Orgon, celle-ci s’exécute et la femme de ce dernier apparaît pour les prévenir qu’il arrive avant de se retirer. Nous apprenons ensuite qu’Orgon revient d’un voyage de plusieurs jours. Il demande immédiatement des nouvelles de Tartuffe sans accorder de l’intérêt à l’état de sa femme qui avait été malade pendant la nuit et laisse entendre qu’il compte modifier le projet de mariage entre Mariane, sa fille, et Valère un gentilhomme.
Acte II :
Dans l’acte II, Orgon précise son projet en annonçant à Mariane qu’il compte lui faire épouser Tartuffe. Celle-ci n’ose pas répondre et semble se résigner mais Dorine la convainc de résister et confronte les deux amants qui semblent déroutés par la nouvelle.
Acte III :
Damis dresse le portrait de Tartuffe et révèle par cela son emportement du à sa jeunesse. Celui-ci arrive sur scène et joue le dévot devant Dorine qui n’est pas dupe et se montre ironique vis-à-vis de lui. Elle disparaît de la scène lorsqu’arrive Elmire à qui Tartuffe fait une déclaration passionnée mais ridicule. Damis qui était à proximité (dans un placard) fait irruption et décide de le confondre devant Orgon mais Tartuffe parvient à retourner la fougue de Damis contre lui en exagérant son crime de façon à le rendre peu crédible. Finalement Damis est chassé de la scène et deshérité puis Orgon décide de faire une donation au dévot.
Acte IV :
Cléante rencontre Tartuffe et le perce à jour dans la première scène. Après cela, il décide de lui tendre un piège avec la complicité d’Elmire, Dorine, et Mariane mais Orgon interrompt leur conspiration sans douter de rien. Elmire le convainc de se cacher sous une table pendant qu’elle lui prouvera la duplicité de Tartuffe. Le plan fonctionne et Orgon somme le faux-dévot de quitter la maison mais celui-ci, avant de disparaître, lui rétorque qu’il est maintenant le propriétaire des lieux et qu’il viendra bientôt faire valoir son bon droit. Elmire interroge son mari sur cela et celui-ci livide et inquiet décide de vérifier quelque chose.
Acte V :
La famille d’Orgon comprend que les menaces de Tartuffe sont réelles car il explique qu’il a légué au dévot des preuves accablantes qu’il détenait sur un de ses amis, ancien agitateur pendant la Fronde et réintègre Damis dans la famille. Il ne reste que Madame Pernelle pour défendre Tartuffe malgré les vives protestations d’Orgon et elle cesse de le soutenir lorsque M. Loyal, huissier de Tartuffe arrive avec un avis d’expropriation. Heureusement l’exempt du roi arrive dans un coup de théâtre à la fin de la pièce et met Tartuffe en prison.
Différents personnages présents :
Tartuffe : Faux-dévot, son nom signifiant originellement fraude (du bas latin trufa). Il est le directeur de conscience d’Orgon et est secrètement amoureux de sa femme.
Orgon : Pater familias, il est sous l’influence de Tartuffe et se propose de marier sa fille avec lui. Lorsqu’il se rend compte de sa duperie, Orgon tombe sous l’influence du roi à travers de l’exempt. Gérard Ferreyrolles dit qu’il passe «d’un aveuglement à l’autre». Son nom vient d’un grec οργη qui signifie la colère
Elmire : Femme du précédent, son nom signifie douce.
Damis : Fils des précédents, son caractère colérique et impétueux n’a d’égal que sa loyauté sans faille. Sa maladresse conduit à son exclusion provisoire de la famille.
Mariane : Sœur du précédent, elle est éprise de Valère.
Valère : Amoureux de la précédente, au début il renonce à elle pour se conformer aux volontés d’Orgon.
Cléante : Frère d’Orgon, il apparaît comme le raisonneur de la pièce (comme Sganarelle pour Dom Juan ou Philinte pour Alceste dans le Misanthrope).
Monsieur Loyal : Huissier et ami de Tartuffe, il a pour charge d’expulser la famille d’Orgon.
Mme Pernelle : Mère d’Orgon, elle fait partie des rares personnages pro-Tartuffe et ce n’est qu’à l’acte V qu’elle se rendra véritablement compte de la duplicité de celui-ci.
Dorine : Servante de Mariane, elle joue le rôle de la domestique impertinente et lucide dans la pièce tout comme Toinette dans le Malade Imaginaire.
Un exempt : Représente le roi, c’est le coup de théâtre final.
Axes d’études :
I°) Dissertation concours blanc :
La didascalie ambiguë : Tout comme dans Dom Juan, nous pouvons relever une didascalie ambiguë qui n’apparaît pas sur scène mais qui a certainement été mis en place par Molière afin d’éviter de trop nombreux ennuis avec l’Église, du moins, avec le succès que l’on sait. Acte IV, scène 5 [C’est un scélérat qui parle] lorsque Tartuffe montre à Elmire qu’il est possible en interprétant la religion d’une certaine manière, de justifier son amour pour les femmes.
Une indication scénique cachée : Acte III, scène 3, au cours de la scène d’aveu de l’amour que porte Tartuffe à Elmire, il (v.918) «tâte votre habit : l’étoffe en est moelleuse». En plus d’être une justification comique à l’acte de Tartuffe, c’est une indication précise donnée au metteur en scène sur les costumes en témoigne les photographies des différentes représentations de cette scène. [Aller chercher les images dans les nombreuses éditions de Tartuffe dont celle présentée].
Absence de didascalies : Les didascalies sont très présentes chez Molière, à tel point qu’il est surprenant de relever des passages où elles sont absentes. Dans l’acte IV, scène 4, Elmire indique à Orgon de se cacher sous la table, ce qu’il fait à contrecœur mais cela n’est pas présenté dans une didascalie. En fait, nous en avons une autre peu après dans la scène [à son mari qui est sous la table]
Le langage de Tartuffe (cf : explication vue en classe) pour voir en quoi une tirade permet de se faire une idée de l’homme. Faire de même avec Madame Pernelle qui apparaît dés la première scène comme étant ridicule. Elle dessert la thèse pro-tartuffe et «Molière nous invite habilement à prendre parti dans le conflit.»
L’hypocrisie : l’hypocrite est étymologiquement celui qui donne la réplique au théâtre (les acteurs portaient dans l’Antiquité des masques…d’hypocrites). Dans ce cas, Tartuffe est un double-hypocrite car le personnage est hypocrite de même que l’acteur. De cette double hypocrisie nait une ambigüité sur l’hypocrisie véritable : Nous ne savons pas si l’acteur joue ou si Tartuffe joue. Tout dépend de l’interprétation, ce qui ne peut être rendu dans le texte (Fortement inspiré du Hachette p.180)
II°) Autres axes d’études :
L’image de la religion donnée dans Tartuffe.
Sujet de dissertation : Robert Planchon réalise une lecture politique de Tartuffe de la pièce en 1973 «dans laquelle la clémence dont le Roi fait preuve à l’égard d’Orgon n’est qu’une des formes de totalitarisme triomphant». Discuter ce choix de mise en scène de Tartuffe à partir d’exemples de représentations, de l’historique de la pièce, et d’exemples précis venant de la pièce.
Étudier les rapports de forces entre les personnages des deux camps pro/anti Tartuffe.
Étudier les divers procédés qu’a utilisé Molière pour se prémunir d’une attaque des dévots. Vous paraissent-ils suffisants ?
Pour aller plus loin :
Dans le Misanthrope, Alceste est au prise avec un hypocrite, confronter le portrait que dresse le misanthrope de la personne qui l’accuse avec Tartuffe/Dom Juan. Montrer que ces trois pièces sont liées…
Notes :
1 Texte original du Tartuffe
http://www.toutmoliere.net/2008/oeuvres/tartuffe/index.html
2 Plus d’informations dans la rubrique notice en suivant le lien précédant.
Florent
Mots-clefs : fiche de lecture, le tartuffe, litterature, Molière, second concours blanc, tartuffe